Lycéens, missile, Parcoursup : la semaine d’actus à rattraperCinq émissions, une seule colère : lycéens réprimés, milliards d’euross pour des missiles, Parcoursup.
Le pouvoir a répondu aux lycéens par des LBD, un missile et un tractToute la semaine, j’ai raconté la même histoire sous cinq angles : des lycéens dans la rue, et un pouvoir qui répond par la police, des plateformes de doléances et des images de propagande. Voici les passages qui valent le rattrapage, du plus lourd au plus léger.Lundi : pour le plaisirUn procureur qui fait mesurer 19 centimètres d’eau pour justifier une intervention contre un lycéen tombé dans une rivière : j’en ai fait un petit sketch, qui se rattrape en dix minutes. Rendez-vous lundi pour la suite : les « temps de dialogue » dans les lycées, et ce qu’ils donneront face à une colère qui, pour l’instant, ne retombe pas. Mardi : le bilan de la répressionJ’ai commencé par dresser la liste : 5 000 arrestations en une semaine dont 85 % de mineurs, une main arrachée, des yeux blessés, une mâchoire fracturée. Oui, il y a aussi des casseurs. Mais face à des mineurs, un État doit savoir se retenir, et c’est précisément ce qui manque.
Mercredi : un missile pendant que les lycées s’effritentPendant que les lycéens défilaient, l’Élysée filmait le tir d’essai d’un missile. J’ai posé les chiffres côte à côte : le budget de la dissuasion a doublé sous Macron, à six milliards par an, alors que McKinsey et le Covid en ont coûté trois et qu’il y a de l’amiante dans les lycées. Le « temps lycéen » annoncé par le gouvernement n’est à mes yeux qu’un moyen de calmer la mobilisation avant la Toussaint.
Jeudi : Lecornu joue la montre, les policiers se disent lâchésLe Premier ministre répond à la colère par des barils de diesel, puis par des « temps de dialogue » jusqu’aux vacances, dans l’espoir que la mobilisation retombe. Face aux images de voitures de police fonçant sur des lycéens, je ne vois pas comment Laurent Nunez peut rester en poste. Aux policiers qui se plaignent d’être le bouc émissaire, j’ai répondu que la responsabilité remonte au commandement et au ministre.
Vendredi : Parcoursup, le vrai sujetÀ partir du témoignage d’Alexis Dupuis, 17 ans, orienté en BTS à Sarcelles alors qu’il voulait une filière générale, j’explique pourquoi Parcoursup reproduit les inégalités sociales. Pour moi, on ne le « transforme » pas : on le jette. C’est précisément ce que Raphaël Glucksmann refuse de dire aux lycéens.
On a gazé les lycéens, puis on leur a offert un « temps de démocratie »Lundi, à Lens, un adolescent a eu la main arrachée par une grenade lors d’affrontements avec la police, pendant le blocage des lycées. Le titre a circulé partout, identique d’une rédaction à l’autre : il l’avait eue « en ramassant une grenade ». La faute était trouvée avant l’enquête, et elle était au bout du bras de l’enfant. Puis le procureur Thieffry a reconnu qu’il ne savait pas si le lycéen avait ramassé la grenade. Entre le titre et l’aveu, il y a toute la semaine : un pouvoir qui frappe, une presse qui récite, et un récit qui se réécrit à mesure que les faits le contredisent. Car c’est d’abord cela qu’il faut retenir de ces sept jours. Un mouvement lycéen est né, a tenu, et le vocabulaire qui le désigne a changé trois fois. Mardi, c’est le pic. On attend 150 000 manifestants en France, avec le soutien des syndicats. Toute la presse suit, cortège par cortège, de Paris à Rennes, de Marseille à Clermont-Ferrand. Le mot d’ordre porte sur les inégalités. Une pancarte résume la situation mieux qu’un éditorialiste : « Assez grandes pour se faire gazer mais pas pour manifester ». Tout est là. On reconnaît à ces jeunes un corps qu’on peut gazer, on leur refuse une parole qu’on devrait écouter. Mercredi, la cible se précise. Ce n’est plus seulement contre les inégalités qu’on marche, c’est contre le gouvernement. Une lycéenne le dit à Paris, et sa phrase devrait être affichée dans tous les ministères : « Le gouvernement veut que les choses se calment, nous nous voulons que les choses changent ! » Le même jour, Laurent Nunez annonce 235 élèves blessés et 18 enquêtes de l’IGPN en cours. Il faut relire ce chiffre lentement. Il ne s’agit pas d’émeutiers, mais d’élèves. Un récapitulatif circule : « éborgnés, amputés, traumatisés ». Nous avons écrit ce que nous pensions de ce choix : face aux lycéens, le gouvernement a choisi la violence. À Paris, des pancartes ont été retirées sur « des consignes de la hiérarchie » restées secrètes. Dans les commissariats, des gardes à vue se sont déroulées hors caméra. Je ne connais pas de démocratie qui commence par confisquer les pancartes de ses enfants. Jeudi, les blocages continuent malgré la promesse d’agir du Premier ministre, et la presse étrangère le note sobrement : les adolescents français tiennent. Les syndicats de l’Éducation appellent à une nouvelle journée. En France, la formule du jour est cruelle : « le gouvernement peine à convaincre ». Elle dit vrai. On ne convainc pas avec des grenades ce qu’on n’a pas su convaincre avec des arguments. Vendredi, le virage. Édouard Geffray propose des mesures et salue « un mouvement d’éveil de la conscience politique », tout en rappelant que des « dizaines de milliers d’élèves ont été privés d’enseignement ». Ce que je reproche à cette déclaration, c’est sa double main : l’une flatte, l’autre culpabilise. Samedi, à Saint-Denis, le « temps de démocratie » voulu par le gouvernement est mis à l’épreuve par ces élèves qu’on prétend éveiller alors qu’ils l’étaient déjà depuis lundi. Voilà le mouvement de fond de la semaine. Lundi, on parle de blocage et d’affrontements. Samedi, on parle d’éveil et de démocratie. Le pouvoir qui a blessé s’est approprié le droit de nommer. Il réprime, et même temps, il encadre : il gaze et place en garde à vue (temps calme), et il organise un « temps » de démocratie interne. Ce qui frappe, c’est que la même question a traversé d’autres pays cette semaine : qui décide, la rue ou ceux qui fixent les règles du vote ? En Espagne, lundi, Pedro Sánchez convoque des élections anticipées après des manifestations pour le logement. On aurait pu croire l’affaire réglée : la rue proteste, le pouvoir rend la parole aux urnes. Jeudi, pourtant, de nouvelles manifestations envahissent Madrid après la mort de Maricarmen, devenue le symbole de la crise du logement, et la presse espagnole parle d’« électrochoc ». L’élection promise n’a pas calmé la colère. On ne loge personne avec un calendrier électoral. En Italie, jeudi, Giorgia Meloni fait adopter sa réforme de la loi électorale, « très décriée ». Les règles du jeu sont réécrites par la joueuse en place. Samedi, en Inde, le chef du « Parti du peuple cafard » est arrêté avant une manifestation contre la commission électorale à New Delhi. Avant même d’avoir marché, on l’a empêché de contester l’arbitre. Au Brésil, dimanche, Flavio Bolsonaro devance largement Lula au premier tour, alors que les dépêches de la veille annonçaient un coude-à-coude. Lundi, on s’interroge sur ce succès, puis plus rien. Le Brésil a disparu des radars en quarante-huit heures, comme si un retour du clan Bolsonaro ne méritait qu’une explication de texte. Et en France, pendant que les lycéens prennent des coups ? À gauche, on compte les inscrits d’une primaire socialiste et l’on compare 140 282 inscrits aux 2,6 millions de votants de 2011. Cinq candidats s’y affrontent, d’accord sur les retraites. La jeunesse est dans la rue, et le parti qui prétend la représenter fait de l’arithmétique d’appareil. Je ne force pas le trait : je constate que la seule mobilisation de masse de la semaine n’est passée par aucun parti. Le troisième mouvement de la semaine se lit comme une chaîne de causes, et la boucle se ferme sur le carburant. Dimanche, Kiev promet de frapper les raffineries russes, et Moscou répond qu’il intensifiera ses frappes sur l’Ukraine. Samedi, Donald Trump scelle « un accord surprise » avec Vladimir Poutine sur le diesel, et Volodymyr Zelensky est furieux. En une semaine, on est passé des raffineries menacées au diesel négocié. C’est ainsi que les puissances règlent leurs affaires : le pétrole d’abord, les peuples ensuite. Cette même semaine, à Paris, Sébastien Lecornu veut baisser le prix du gazole de 12 à 18 centimes en puisant dans les stocks stratégiques. Le carburant est devenu une arme et une monnaie d’échange, et c’est autour de lui que se décide la guerre. Au Yémen, la semaine trace la même courbe d’escalade. Lundi, les forces gouvernementales, « soutenues par l’Arabie saoudite », annoncent une offensive sur Sanaa, tenue par les houthistes. Samedi, c’est l’Arabie saoudite elle-même qui affirme mener une « opération à grande échelle ». En cinq jours, le soutien est devenu l’acteur principal, et le paravent est tombé. Vendredi, au milieu de tout cela, le comité Nobel décerne le prix de la paix à la Sud-Africaine Navi Pillay. Ce fut le sujet du jour, celui qui a relégué les lycéens au second plan. Nous l’avons relevé : le comité l’a couronnée sans nommer Gaza ni Israël. Deux jours plus tôt, Israël rendait hommage aux victimes du 7 Octobre, trois ans après les attaques. Un prix de la paix qui contourne les noms des lieux où l’on meurt n’est pas un prix de la paix : c’est une prudence diplomatique décorée. Toute la semaine, les Nobel ont rythmé l’actualité, un lauréat par jour, de l’optogénétique à Anne Carson, en passant par les neutrinos de Francis Halzen et la chimie d’Henri Kagan et de Kenso Soai. La science et les lettres ont eu leur heure. La paix a eu sa cérémonie. Restent les sujets enterrés pendant qu’on regardait ailleurs. Il y a d’abord la peste en Russie : mardi, l’OMS juge le risque « faible » pour le pays et « très faible » pour l’Europe. Mercredi, un possible deuxième cas suspect apparaît et Moscou est appelé à plus de transparence. Jeudi, plus un mot. Le Kenya annonce son premier mort d’Ebola, et c’est tout. August Hanning, ancien chef du renseignement extérieur allemand, est arrêté pour espionnage, et l’information ne tient qu’une journée. Vendredi, Mediapart publie de nouvelles pièces qui visent, selon le journal, à confirmer des écrits antisémites attribués à Jordan Bardella. Elles traversent l’actualité sans s’y installer, avalées par la rotative de l’actu. Une épidémie dont on ne sait rien, un espion au sommet de l’État allemand, des accusations visant le président d’un parti aux portes du pouvoir : trois sujets que la semaine a laissés tomber. Je les note ici pour qu’on ne les oublie pas. Au bout de ces sept jours, voici la carte. En haut, Trump et Poutine négocient le diesel, l’Arabie saoudite abandonne ses intermédiaires, Meloni réécrit le vote et le comité Nobel choisit ses silences. En bas, un enfant de Lens a perdu sa main, des milliers de lycéens tiennent leurs blocages, et Madrid pleure Maricarmen. Entre les deux, une presse qui a d’abord répété que l’enfant avait « ramassé » la grenade, avant de répéter que les lycéens s’« éveillaient ». Ils sont réveillés depuis bien longtemps. 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dimanche 11 octobre 2026
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