L'histoire des crimes commandités par la loge Athanor
Attentat déjoué contre la Bank of America à Paris, la police israélienne empêche la célébration des Rameaux, un Renoir, un Cézanne et un Matisse volés en Italie, le pape Léon XIV à Monaco.
L'histoire des crimes commandités par la loge Athanor
La justice s'apprête à juger vingt‑deux hommes et femmes soupçonnés d'avoir participé, à des niveaux divers, à un vaste réseau criminel commandité par la loge maçonnique Athanor et impliqué dans plusieurs agressions, enlèvements, tentatives d'assassinat et un meurtre. Ce procès-fleuve, qui s'ouvre lundi 30 mars, doit se tenir jusqu'au 17 juillet devant la cour d'assises de Paris.
Au cœur de ce dossier, des francs‑maçons donc, mais aussi des agents du renseignement, un médecin, des chefs d'entreprise à l'origine d'agressions en série, des projets d'assassinat visant une coach ou un syndicaliste et le meurtre d'un pilote de rallye... L'affaire Athanor a tout d'un mauvais polar.
L'affaire éclate en juillet 2020, à Créteil, dans le Val‑de‑Marne. Un riverain signale une Clio noire immobile à l'angle d'une rue. À l'intérieur, deux individus masqués. L'un porte des gants... en plein été. Lorsque la police intervient, elle découvre une arme chargée et une plaque d'immatriculation falsifiée.
Deux jeunes militaires d'une vingtaine d'années, agents dans un camp de la Direction générale de la sécurité extérieure, avaient pour mission de tuer Marie-Hélène Dini, pour 70 000 euros. Carl Esnault et Pierre Bourdin, ou "Adélard" et "Dagomar" de leurs noms de code, l'attendaient en embuscade devant son domicile avant d'être interpellés. Ils étaient persuadés, à tort, qu'elle travaillait pour le Mossad.
Ces interpellations fortuites de Créteil vont permettre aux enquêteurs de démanteler un vaste réseau criminel. Celui-ci aurait secrètement pris forme entre différents membres d'une loge maçonnique des Hauts-de-Seine, baptisée "Athanor", rattachée à la Grande loge de l'alliance maçonnique française. Au sein de la cellule criminelle, gravitent des profils bien insérés dans la société : agents ou ex-agents des renseignements, militaires, spécialistes de la sécurité privée, consultants, chefs d'entreprise...
Au fil de l'enquête, une série de projets plus ou moins violents sont révélés, portés par des commanditaires aux motivations diverses, allant de litiges financiers à des vengeances personnelles, en passant par des rivalités professionnelles ou même politiques. Parmi eux, l'assassinat du pilote de rallye Laurent Pasquali en 2018.
L'élimination de Hassan T, syndicaliste de la CGT et salarié de l'usine de plastique Apnyl dans l'Ain, aurait aussi été envisagée. Autre plan macabre : s'en prendre à un maire du Val-de-Marne et maquiller la disparition en accident.
Au total, dix-neuf hommes et trois femmes, nés entre 1952 et 1996, vont comparaître devant les assises. Plusieurs appartiennent à la loge maçonnique Athanor et la plupart n'ont pas de casier judiciaire. L'un des enjeux majeurs de ce procès, prévu pour durer trois mois et demi, sera de démêler la chaîne de responsabilités.
Parmi les suspects figure Jean-Luc Bagur, patron d'une école de coaching. Inquiet de voir émerger un syndicat pour encadrer les pratiques de la profession mené par sa concurrente et menacer ses intérêts, il est présenté comme le principal commanditaire de la tentative d'assassinat visant Marie‑Hélène Dini. Frédéric Vaglio, ancien journaliste devenu dirigeant d'une société de sécurité privée, est soupçonné, lui, d'être l'une des têtes pensantes de cette officine criminelle et d'avoir supervisé plusieurs missions et organisé la logistique.
L'accusation vise également Daniel Beaulieu, ex‑agent de la Direction centrale du renseignement intérieur qui aurait lui aussi joué un rôle-clé dans le réseau, recruté des exécutants et coordonné les opérations. Sébastien Leroy, agent de protection rapprochée, suspecté d'avoir suivi certaines cibles et effectué des repérages, sera lui aussi à la barre.
Attentat déjoué contre la Bank of America à Paris
Dans la nuit du vendredi 27 au samedi 28 mars, un attentat visant le siège parisien de la Bank of America a été empêché in extremis. Un premier suspect a été interpellé sur les lieux et un second, en fuite, a été arrêté en compagnie d'une troisième personne. Le Parquet national antiterroriste a ouvert une enquête pour "tentative de dégradation par incendie ou moyen dangereux en relation avec une entreprise terroriste". Les investigations ont été confiées à la section antiterroriste de la brigade criminelle de la police judiciaire de Paris et à la direction générale de la sécurité intérieure.
L'attentat visant le siège parisien de la Bank of America, rue La Boétie dans le 8e arrondissement, a été déjoué dans la nuit de vendredi à samedi, vers 3h30, lorsque des policiers en patrouille ont surpris un homme en train de déposer un engin explosif artisanal et s'apprêtant à l'allumer avec un briquet. L'individu, arrivé à pied avec un complice qui a pris la fuite en courant, a été interpellé sur place. Pendant que le premier déposait le dispositif, le second semblait filmer ou photographier la scène avec son téléphone.
L'engin explosif déposé devant la Bank of America était un dispositif artisanal constitué d'un bidon transparent de cinq litres rempli d'un liquide, probablement un hydrocarbure, associé à un système de mise à feu. Un pétard contenant environ 650 grammes de poudre explosive, destiné à provoquer l'inflammation du liquide, a été retrouvé sur place.
Le premier suspect, interpellé sur les lieux au moment des faits, est un mineur né au Sénégal. L'adolescent de 17 ans habite Montreuil et est connu des services de police. Il a expliqué aux enquêteurs avoir été recruté via l'application Snapchat pour mener cette opération, en échange de 600 euros, et avoir été déposé sur place avant l'action.
Depuis l'attentat déjoué, deux nouveaux mineurs ont été placés en garde à vue. L'un d'eux est soupçonné d'avoir filmé la scène et d'avoir pris la fuite au moment de l'interpellation du premier mineur.
Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, multiplie les appels à la "vigilance extrême" pour protéger les opposants iraniens, leurs locaux associatifs, les lieux de culte juifs ainsi que les intérêts américains et israéliens, identifiés comme cibles potentielles d'actes terroristes. Dans ce contexte, les policiers français avaient été alertés, quelques jours avant les faits, par un "partenaire" étranger, d'une possible action contre la Bank of America à Paris.
La menace avait été identifiée sur les réseaux sociaux. Une vidéo d'une trentaine de secondes attribuée à Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya, notamment relayée par un think tank conservateur américain sur le réseau social X, profère des menaces envers la Bank of America en France. Elle montre notamment l'emplacement de l'établissement à Paris sur Google Maps, ainsi qu'une photo de sa façade accompagnée d'une cible rouge.
Le chercheur ayant relayé cette vidéo sur X explique que le groupuscule reproche à Bank of America en France d'être "un acteur financier majeur soutenant Israël et les initiatives sionistes et présente la banque comme jouant un rôle stratégique dans le renforcement des liens entre l'Europe, en particulier la France, et Israël, la dépeignant finalement comme une force puissante promouvant les intérêts israéliens".
Le ministre de l'Intérieur a établi un lien entre l'attentat déjoué et la guerre au Moyen-Orient, en soulignant des "similitudes" avec des actions menées récemment en Europe. Or, plusieurs d'entre elles, notamment contre la communauté juive en Belgique, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, ont justement été revendiquées par le groupuscule Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya, sur des chaînes Telegram considérées comme proches des Gardiens de la Révolution islamique iranienne.
La police israélienne empêche le patriarche latin de Jérusalem de célébrer les Rameaux
Dans la tradition catholique, ce jour marque le début de la Semaine sainte qui précède Pâques. "Pour la première fois depuis des siècles, les chefs de l'Eglise ont été empêchés de célébrer la messe du dimanche des Rameaux à l'église du Saint-Sépulcre", à Jérusalem, ont dénoncé le patriarche latin de Jérusalem et le père de l'église du Saint-Sépulcre, empêchés d'entrer dans le lieu saint par la police israélienne.
Le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a nié toute "intention malveillante" et défendu une décision motivée par la "sécurité" du cardinal Pizzaballa et de son entourage. Il a toutefois assuré que les services de sécurité israéliens entendaient permettre aux responsables religieux de se recueillir au Saint-Sépulcre "dans les prochains jours, compte tenu du caractère sacré" de la Semaine sainte.
"Je condamne cette décision de la police israélienne, qui s'ajoute à la multiplication préoccupante des violations du statut des Lieux Saints de Jérusalem", a dénoncé le président français, Emmanuel Macron. Avoir empêché le patriarche latin de Jérusalem d'accéder à l'église du Saint-Sépulcre est "une offense aux croyants", a condamné la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni.
Trois tableaux de Renoir, Cézanne et Matisse volés dans un musée en Italie
Trois tableaux de Pierre-Auguste Renoir, Paul Cézanne et Henri Matisse ont été volés, courant mars, dans un musée près de Parme, dans le nord de l'Italie. Quatre personnes masquées se sont introduites dans la villa de la fondation Magnani Rocca, à Mamiano di Traversetolo, et ont emporté ces tableaux dans la nuit du dimanche 22 au lundi 23 mars, selon les carabiniers, confirmant des informations de la télévision publique Rai.
Les voleurs ont forcé la porte principale et ont volé trois tableaux, selon les carabiniers. Ils ont ensuite pris la fuite à travers le parc du musée. Selon la presse italienne, les œuvres volées sont Les Poissons, un tableau peint par Pierre-Auguste Renoir en 1917 deux ans avant sa mort, Odalisque sur une terrasse (1922), de Henri Matisse et Nature morte aux cerises (1885-1887), de Paul Cézanne. Elles étaient exposées dans la "salle des Français" au sein de la fondation.
Les carabiniers ont ouvert une enquête et exploitent des images de vidéosurveillance du musée, ainsi que d'habitations et commerces voisins. La fondation Magnani Rocca héberge la collection de l'historien de l'art Luigi Magnani (1906-1984), qui comprend aussi des œuvres de Dürer, Rubens, Van Dyck, Goya, Monet et de l'artiste italien Giorgio Morandi.
Visite historique du Pape Léon XIV à Monaco
Un pape en principauté de Monaco, c'est inédit dans l'ère moderne. Après un accueil très protocolaire par la famille princière et devant quelques célébrités, Léon XIV délivre un message plutôt social au balcon du palais. Le choix d'une visite à Monaco n'a rien d'anodin. Il marque aussi le fait que Monaco est une monarchie certes constitutionnelle, mais qui a gardé le catholicisme comme religion d'État. La monarchie partage également les positions du Vatican en matière de bioéthique ou d'IVG.
En milieu d'après-midi, 15 000 fidèles se massent dans le stade Louis II pour assister à une messe où le pape délivre un message de paix en ces temps agités. "Les guerres qui ensanglantent sont le fruit de l'idolâtrie, du pouvoir et de l'argent. Ne nous habituons pas au fracas des armes, aux images des guerres", déclare Léon XIV. La visite du pape à Monaco a duré quelques heures, avant un déplacement dans un contexte bien différent en Afrique en avril prochain.
La revue de presse du lundi 30 mars
|





