dimanche 2 août 2026

« Il est tentant, face aux images qui circulent, de croire que Ceuta serait devenue un symbole de “migration vers l’Europe”.

« Il est tentant, face aux images qui circulent, de croire que Ceuta serait devenue un symbole de “migration vers l’Europe”. Tentant, mais faux. Ceuta n’est pas un point d’entrée, ni un corridor, ni une route. Ceuta est un décor. Un théâtre. Et ce que l’on y voit n’a presque rien à voir avec la migration telle qu’on l’entend habituellement.


Ceuta est une enclave espagnole sur le continent africain, héritage colonial et anomalie stratégique. On n’y entre pas pour rejoindre l’Europe : on y reste bloqué. Juridiquement, administrativement, politiquement, un Marocain en situation irrégulière à Ceuta n’a absolument aucune chance d’atteindre le continent européen. Pas un pour cent, pas une exception miraculeuse. Les personnes interceptées sont renvoyées ou maintenues dans l’enclave. Ceuta n’est pas une porte : c’est un sas fermé.

Alors pourquoi ces images reviennent-elles sans cesse ?  

Parce qu’elles servent.  

Elles servent à Rabat pour rappeler son poids dans la région et créer un rapport de force dans les négociations géopolitique. Elles servent à l’Union européenne pour justifier des politiques de contrôle. Elles servent à certains acteurs politiques pour alimenter un récit de menace.

Ceuta n’est pas un phénomène migratoire : c’est un rapport de force géopolitique.  

Les silhouettes sur une plage, les jeunes qui escaladent une barrière, les foules qui courent… tout cela compose un imaginaire puissant, mais trompeur. Ce sont des images choisies, amplifiées, instrumentalisées. Elles ne décrivent pas la réalité des flux, elles fabriquent une émotion. Elles créent un récit. Elles servent des intérêts.

La migration, la vraie, celle qui traverse les continents et les décennies, mérite qu’on la traite avec sérieux, nuance et humanité. Mais Ceuta n’en est pas un exemple. Ceuta est un outil diplomatique, un levier stratégique, un symbole utilisé pour faire passer des messages qui dépassent largement les personnes filmées.

Et c’est précisément pour cela qu’il faut rester lucide : ne tombons pas dans le piège de ceux qui transforment ces images en fantasmes, en peurs, en slogans. Ne laissons pas les discours simplistes, les récupérations grossières ou les narratifs extrémistes faire croire à une “invasion” qui n’existe pas. 

Julien Asasi




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