mercredi 3 juin 2026

Fwd: Les Français sont les Européens les plus exposés au cadmium



1 commentaire:

Anonyme a dit…

Le vivant... pas assez radical ?

"Pourtant, depuis une décennie, un certain nombre de voix se sont élevées pour critiquer ce mot et en proposer un autre : le vivant. On l’a vu fleurir dans des essais — notamment de Baptiste Morizot —, mais aussi lors de manifestations écologistes. « C’est d’abord venu des anthropologues, comme Philippe Descola, qui proposaient de dépasser la dichotomie nature/culture, remarque la politiste. Le “vivant” permet de décentrer notre regard, d’élargir la focale. »

Avec Éric Fabri et d’autres, elle a écrit l’ouvrage Rendre le vivant politique : car contrairement à « nature » ou « environnement », « le “vivant” inclut les humains dans une communauté élargie avec les animaux, les végétaux et les écosystèmes, écrivent-ils. Il offre un langage qui relie la crise écologique à nos existences concrètes, à nos corps, à nos manières d’habiter le monde sans nous en couper ».

« Le “vivant” inclut les humains dans une communauté élargie avec les animaux, les végétaux et les écosystèmes »

Simple bataille sémantique ? Non, répond Éric Fabri : « Le changement de mot n’est pas immédiatement suivi d’effet, mais il amène un changement de perspective, qui permet d’ouvrir de nouvelles perspectives. » Alors que la notion d’environnement cantonne les luttes écologistes à une bataille pour conserver le décor ou les paysages, l’approche du vivant « permet de considérer d’autres acteurs non humains, de penser des stratégies d’alliance avec elles et eux, des collaborations pour préserver des mondes communs », estime le chercheur.

Mais le « vivant » n’est pas la panacée. D’abord, « parce qu’il escamote les dominations qu’on entretient, nous humains vis-à-vis des animaux, estime Nataly Botero. Il est fourre-tout et met sur le même plan une levure et un veau qu’on sépare de sa mère ».

D’autres pourfendeurs du vivant — à l’instar de Frédéric Lordon — dénoncent son manque de radicalité. En clair, le terme occulterait la cause systémique de la destruction sociale et écologique, à savoir : le capitalisme. « Pendant que la bourgeoisie culturelle fait le serment de se lier aux non-humains, Elon Musk envisage le plus naturellement du monde d’envoyer quelques dizaines de milliers de satellites en orbite basse », écrivait ainsi l’économiste en 2021.

Habitabilité ou biome ?

Alors, comment rebaptiser cette journée mondiale du 5 juin ? Dans un ouvrage paru en mars, Baptiste Morizot et Laurent Neyret proposent le concept d’« habitabilité ». Ce dernier « nomme la dépendance fondatrice, viscérale et intime de vivre sur Terre — mise en danger par l’économie de l’illimité », ont-ils expliqué à l’AFP.

« Alors que l’environnement apparaît comme hors de prise, l’habitabilité rend les choses très concrètes, reconnaît Éric Fabri. Une terre inhabitable, on imagine ce que ça peut être. Et le terme laisse une place à une pluralité de manières d’habiter. » Nataly Botero propose aussi le mot « biome », qui porte l’idée d’un tout global.

La quête du Graal linguistique n’est donc pas terminée. Et elle prendra du temps, prédit la chercheuse : « Les imaginaires, ça ne se décrète pas. Ça se construit et ça se transforme petit à petit. »


https://reporterre.net/Pourquoi-le-mot-environnement-agace-de-plus-en-plus-d-ecologistes