dimanche 17 mai 2026

Fwd: Les BRICS en Inde, l’autre sommet


Envoyé par Ton van

La lettre de Léosthène, le 16 mai 2026, n° 1996/2026

Fondée en 2004, bihebdomadaire, Abonnement 420 euros

http://www.leosthene .com

 

 

Les BRICS en Inde, l’autre sommet

 

« Tout pays de la planète qui ferait confiance aux États-Unis 

ferait preuve d’une grande naïveté »

Professeur John Mearsheimer, (West Point, Cornell University),

juin 2025

 

Pendant que Donald Trump se posait à Pékin avec l’ambition de refaire le monde à sa façon, s’ouvrait un autre sommet en Inde, les 14 et 15 mai, avec les ministres des Affaires étrangères des dix pays des BRICS, Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, élargis depuis janvier 2025 à l’Egypte, l’Ethiopie, l’Iran, l’Indonésie et les Emirats arabes Unis. Un groupe de pays qui représentent 51% de la population et 40% du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat. En comparaison, le G7 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon) représente aujourd’hui moins de 10% de la population et un peu moins du tiers de la richesse mondiale. 

 

Rien d’insignifiant donc, avec, en outre, la présence au même moment de l’Iran et des Emirats arabes unis, qui s’affrontent pourtant dans le Golfe d’Ormuz. Le ministre chinois des Affaires étrangères, resté à Pékin, était représenté par l’ambassadeur chinois en Inde. 

 

Les BRICS ? En décembre dernier, le suisse Peter Hänseler, relayé par le site américain dédié à Wall Street ZeroHedge, l’écrivait sans ambages : « Les États-Unis ne peuvent conserver leur statut d’hégémon qu’en détruisant le BRICS en tant qu’organisation ou en l’affaiblissant à tel point qu’il devienne ce que l’Occident décrit comme une tentative ratée ou embarrassante de la part de quelques pays en développement de sortir de l’insignifiance » (1). Il s’interrogeait sur la capacité de ce groupe à résister à la « tempête géopolitique en cours » - y compris quant au dollar. Et c’était avant que Donald Trump ne rompe ses négociations avec Téhéran et n’attaque l’Iran le 28 février avec les conséquences que l’on connaît sur les économies mondiales.

 

Pour quelle raison, tout de même, détruire les BRICS ? 

 

Parce que ce groupe hétéroclite d’Etats conteste « l’ordre international » établi par les Etats-Unis avec leurs propres règles, au service de leurs intérêts. Un principe commun les réunit dans leur diversité : l’affirmation de la souveraineté des Etats au plan politique comme idéologique et sociétal. Le discours récurrent de Donald Trump n’a rien, à cet égard, de rassurant. En mars dernier, le Figaro s’interrogeait d’ailleurs : « Et si, en pulvérisant l’ordre mondial dans le fracas des bombes, Donald Trump faisait un cadeau à ce que l’on nomme désormais le « Sud global » ? En menant une guerre commerciale contre la Terre entière, en affaiblissant les institutions multilatérales, et surtout, en enlevant un dirigeant étranger puis en en tuant un autre, le président des États-Unis ne va-t-il pas souder les pays émergents menés par le club des BRICS ? » (2).

 

C’est tout le défi qu’affrontent les Etats réunis à New Delhi. 

 

Le ministre indien des Affaires étrangères indien, Subrahmanyam Jaishankar, résumait la situation dans son discours d’ouverture (3) : « Les conflits en cours, les incertitudes économiques ainsi que les défis liés au commerce, à la technologie et au climat façonnent le paysage mondial », quand « de nombreux pays continuent de se heurter à des difficultés en matière de sécurité énergétique, alimentaire, d'engrais et de santé, ainsi qu'en matière d'accès au financement ». Or « les questions de développement restent centrales », particulièrement pour les pays émergents. Dans ce contexte, les BRICS pourront-ils jouer le « rôle constructif et stabilisateur » souhaité par l’Inde ?  

 

Si l’on consulte le rapport de l’ONU publié le 5 mars 2026 (4), on constate que le club a apporté à ses membres une vraie dynamique : « Le commerce de marchandises intra-BRICS a été multiplié par plus de 13 depuis 2003. Les exportations ont atteint 1 170 milliards de dollars en 2024 » - la Chine demeurant le moteur central. Mais ? « L’énorme potentiel du commerce intra-bloc n’a pas encore été pleinement exploité. Par exemple, les membres des BRICS représentent collectivement plus des deux tiers du PIB total du Sud mondial, tandis que le commerce intra-BRICS ne compte que pour environ 20 % du commerce Sud-Sud ». Avec des différences fortes entre les membres, le Brésil, la Russie et l’Indonésie plus dépendant des marchés des BRICS (30% de leurs exportations) que la Chine, importateur exportateur majeur mais plus faiblement dépendant. 

 

Et de fait, il faut bien constater que les deux dernières décennies n’ont pas modifié pour tous la nature de leurs économies, parce qu’ils « conservent une dépendance persistante à l’égard des exportations de produits primaires tout en important des biens manufacturés à plus forte valeur technologique ou nécessitant davantage de compétences ». Et qu’en-dehors de la Chine, la plupart des pays du club a du mal à s’intégrer aux chaînes de valeur mondiales. Ceci avec quelques réussites (Egypte, Indonésie) et un meilleur dialogue entre les membres en matière de commerce et d’investissement. Néanmoins, le rapport de l’ONU relève que subsistent des obstacles (« différences économiques, institutionnelles et réglementaires, d’attentes divergentes, de lacunes en matière d’institutions et de capacités et de facteurs géopolitiques »). 

 

Ajoutons le contexte économique actuel, quand le détroit d’Ormuz reste fermé. 

 

L’Inde est particulièrement vulnérable à l’arrêt du trafic maritime quand environ 50% de son pétrole brut transite par le détroit et 89% de son GPL. Si l’économie indienne avait enregistré une croissance du PIB de 7,8% en glissement annuel au cours du troisième trimestre de l’exercice 2025/2026, « les économistes ont revu à la baisse leurs prévisions de croissance, relevé leurs projections d'inflation et anticipent une pression persistante sur la roupie, alors que l'Inde s'apprête à connaître une troisième année consécutive de déficit de sa balance des paiements » selon Reuters, relayé par Zone Bourse. « Le choc énergétique découlant du conflit entre les Etats-Unis et l'Iran devrait creuser le déficit courant de l'Inde à 2,5% du PIB pour l'exercice clos en mars 2027, contre 0,9% l'année précédente ».  Et encore : « Outre la menace pesant sur le compte courant, un rythme record de sorties de capitaux de portefeuille pèse sur le compte de capital. Les investisseurs étrangers ont retiré plus de 20 milliards de dollars des actions indiennes depuis le début de la guerre, les sorties depuis le début de l'année dépassant déjà le record de l'an dernier » (5). 

 

Le premier ministre Narendra Modi a parfaitement conscience du poids de la crise sur la population, qui souffre directement des pénuries (gaz, essence), malgré l’aide de la Russie, qui a repris ses exportations en dépit des droits de douane de 25% que Donald Trump avait imposé en août dernier. Population à laquelle il a demandé un effort pour restreindre sa consommation de produits importés. Le ministre des Affaires étrangères M. Jaishankar a rencontré Serguei Lavrov, qui était présent à New Delhi, mercredi 13 mai au soir. Narendra Modi est par ailleurs parti pour une tournée pour les Emirats arabes unis, puis l’Europe, dès ce vendredi. 

 

Et l’on voit toute la difficulté de la position non-alignée de l’Inde, symbolique aussi des divergences entre pays des BRICS devant le bouleversement géopolitique qui affecte les pays du Golfe. Il y a bien affrontement entre Iran et Emirats arabes unis, en effet – les Emirats ayant signé les accords d’Abraham avec Israël. Pourtant, leurs deux ministres des Affaires étrangères étaient présents à New Delhi. 

 

Bien sûr, comme à l’issue d’autres réunions internationales (y compris occidentales), il n’y aura pas de communiqué final, les positions des uns et des autres encore incompatibles. Nous sommes au cœur de la crise. Mais le sommet n’a pas explosé en cours de route. Comme pour le sommet entre Donald Trump et Xi Jinping a Pékin, au-delà des déclarations officielles lénifiantes, nous ne savons pas ce qui a été effectivement échangé, décidé, au cours de la réunion de New Delhi – une autre devrait être fixée plus tard dans l’année. Nous ne connaissons pas non plus la durée de la crise, certains experts très pessimistes sur son impact à terme sur toutes les économies mondiales. 

 

Mais n’oublions pas le poids des BRICS, qui réunit plus de la moitié de la population de la planète et 40% de son PIB. Ni donc l’importance de ce sommet, qui voit peut-être ce club respectable à la croisée des chemins.

 

Hélène Nouaille

 

 

Cartes :

 

L’élargissement des BRICS

https://www.diploweb.com/IMG/jpg/avril_2025_-_l_e_largissement_des_brics_.jpg

 

Une décennie d’expansion pour les 15 premières économies du monde

https://files.zhedge.com/cdn-cgi/image/width=1080,quality=75,format=auto/https://assets.zerohedge.com/s3fs-public/inline-images/top15economy-growth-web-1-1182x1.jpg

 

 

Notes :

 

(1), ZeroHedge, le 8 décembre 2025, Peter Hänseler et René Zittlau, How Resilient Is BRICS In The Storm Of Geopolitics ?

https://www.zerohedge.com/geopolitical/how-resilient-brics-storm-geopolitics

 

(2) Le Figaro, le 15 mars 2026, Fabrice Nodé-Langlois, Droits de douane, enlèvement de Maduro, guerre en Iran… Comment Trump cimente le club hétéroclite des Brics

https://www.lefigaro.fr/conjoncture/droits-de-douane-enlevement-de-maduro-guerre-en-iran-comment-trump-cimente-le-club-heteroclite-des-brics-20260315

 

(3) RFJ.ch, le 14 mai 2026, Diplomates des Brics en Inde: Moyen-Orient et énergie au programme

https://www.rfj.ch/rfj/Actualite/economie/Diplomates-des-Brics-en-Inde-Moyen-Orient-et-energie-au-programme.html

 

(4) ONU Commerce et développement, le 5 mars 2026 (traduction en français par IA), Deux décennies de commerce intra-BRICS : tendances, modèles et politiques

https://unctad.org/fr/publication/deux-decennies-de-commerce-intra-brics-tendances-modeles-et-politiques

 

(5) Zone Bourse (Reuters), le 13 mai 2026, L'Inde s'efforce de protéger son économie face au choc pétrolier et aux tensions sur les capitaux nés du conflit iranien

https://www.zonebourse.com/actualite-bourse/l-inde-s-efforce-de-proteger-son-economie-face-au-choc-petrolier-et-aux-tensions-sur-les-capitaux-ne-ce7f5bdfdc8ef226

 

 

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