On continue donc. On a tout essayé contre Jean-Luc Mélenchon : l’excès de mots, l’excès de gestes, l’excès de convictions. Faute de mieux, on s’est arrêté sur le volume sonore. Il parle fort, paraît-il. Voilà donc le crime. Dans un paysage politique saturé de chuchotements, de prudence calculée et de silences complices, élever la voix devient une faute morale. Il faut reconnaître une chose à cette nouvelle critique — elle est d’une inventivité admirable. Quand on n’a rien à dire sur le fond, on observe la forme. Quand l’argument manque, on ausculte le ton. Quand la pensée dérange, on mesure les décibels. C’est plus sûr, moins risqué, et surtout parfaitement inoffensif. Parle-t-il fort ? Oui. Mais c’est souvent parce que le reste du débat est devenu assourdissant de vide. On reproche à Mélenchon ce qu’on pardonne à tant d’autres : l’emphase, la colère, l’indignation. Curieusement, ces défauts deviennent soudain des qualités lorsqu’ils servent des intérêts plus convenables. Là, on parlera de tempérament, de caractère, de leadership. Ici, on dénoncera l’outrance, la menace, presque l’hysstérie. Deux poids, une seule lâcheté. Et puis il y a cette arrière-pensée délicieuse : heureusement qu’il n’a pas été accusé de détournement de fonds public. Car alors, imagine-t-on le concert ? Ceux qui s’étranglent aujourd’hui parce qu’il parle trop fort auraient découvert subitement une passion dévorante pour la probité. On aurait entendu les mêmes voix s’indigner sans relâche, non par amour de la justice, mais par soulagement d’avoir enfin trouvé mieux que le procès en ton. Ce qui est frappant, c’est que dans un pays habitué aux affaires, aux renoncements, aux accommodements discrets, l’un des rares responsables politiques dont la faute principale est d’être excessif dans ses mots continue d’être traité comme un danger public. Comme si la véritable transgression n’était pas de trahir ses promesses, mais de les rappeler trop bruyamment.
Conclusion assassine. On peut reprocher bien des choses à Mélenchon, mais on lui reproche surtout ce que les autres ont cessé d’être : lisible, constant, et impossible à faire taire sans avouer qu’on n’a plus rien à lui opposer. Dans un monde politique où l’on murmure pour ne pas déranger, parler fort n’est pas un défaut — c’est un aveu de solitude. Et ceux qui s’en offusquent feraient bien de se demander si ce n’est pas le silence des autres qui, depuis longtemps déjà, est devenu indécent?
1 commentaire:
Mélenchon est en pleine forme en ce moment 🤣
Glupatate
https://youtube.com/shorts/1WgaYR7UD6g?si=HJeJj0aXbe57lspk
On continue donc.
On a tout essayé contre Jean-Luc Mélenchon : l’excès de mots, l’excès de gestes, l’excès de convictions. Faute de mieux, on s’est arrêté sur le volume sonore. Il parle fort, paraît-il. Voilà donc le crime. Dans un paysage politique saturé de chuchotements, de prudence calculée et de silences complices, élever la voix devient une faute morale.
Il faut reconnaître une chose à cette nouvelle critique — elle est d’une inventivité admirable. Quand on n’a rien à dire sur le fond, on observe la forme. Quand l’argument manque, on ausculte le ton. Quand la pensée dérange, on mesure les décibels. C’est plus sûr, moins risqué, et surtout parfaitement inoffensif.
Parle-t-il fort ? Oui.
Mais c’est souvent parce que le reste du débat est devenu assourdissant de vide.
On reproche à Mélenchon ce qu’on pardonne à tant d’autres : l’emphase, la colère, l’indignation. Curieusement, ces défauts deviennent soudain des qualités lorsqu’ils servent des intérêts plus convenables. Là, on parlera de tempérament, de caractère, de leadership. Ici, on dénoncera l’outrance, la menace, presque l’hysstérie. Deux poids, une seule lâcheté.
Et puis il y a cette arrière-pensée délicieuse : heureusement qu’il n’a pas été accusé de détournement de fonds public. Car alors, imagine-t-on le concert ? Ceux qui s’étranglent aujourd’hui parce qu’il parle trop fort auraient découvert subitement une passion dévorante pour la probité. On aurait entendu les mêmes voix s’indigner sans relâche, non par amour de la justice, mais par soulagement d’avoir enfin trouvé mieux que le procès en ton.
Ce qui est frappant, c’est que dans un pays habitué aux affaires, aux renoncements, aux accommodements discrets, l’un des rares responsables politiques dont la faute principale est d’être excessif dans ses mots continue d’être traité comme un danger public. Comme si la véritable transgression n’était pas de trahir ses promesses, mais de les rappeler trop bruyamment.
Conclusion assassine.
On peut reprocher bien des choses à Mélenchon, mais on lui reproche surtout ce que les autres ont cessé d’être : lisible, constant, et impossible à faire taire sans avouer qu’on n’a plus rien à lui opposer.
Dans un monde politique où l’on murmure pour ne pas déranger, parler fort n’est pas un défaut — c’est un aveu de solitude.
Et ceux qui s’en offusquent feraient bien de se demander si ce n’est pas le silence des autres qui, depuis longtemps déjà, est devenu indécent?
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