Albert Einstein a dit : le monde est dangereux à vivre, Non pas à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire
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Une semaine à avoir la boule au ventre. Cela fait 3 jours que j’essaie d’écrire ce mail. Chaque journée amène son lot de nouvelles toujours plus inquiétantes les unes que les autres. Cette semaine, qui figurera dans les livres d’Histoire, a autant fait vaciller nos cœurs de gauchos que les fondations de notre État de droit.
Ce 17 octobre historique marque le bilan de 4 semaines de mobilisations et près de 10 ans de Macronie. Des centaines de milliers de lycéen·nes, leur famille, leurs profs ont été rejoints par des citoyen·nes de tout âge, classe sociale et bord politique, afin de manifester pour plus de justice sociale. Samedi dernier, près de 800 000 personnes ont répondu présentes. Les revendications sont claires : de meilleures conditions d’études pour les lycéen·nes, des salaires qui permettent de vivre, des services publics fonctionnels et une répartition plus juste des richesses. Les demandes des syndicats lycéens, étudiants et plus largement des organisations syndicales sont claires et soutenues par une large majorité de Français·es. Il suffisait d’y répondre favorablement pour apaiser la situation. Le gouvernement a fait tout le contraire.
Et pourtant, ces mobilisations historiques reçoivent un traitement médiatique très partiel et polarisé. Rien d’étonnant me direz-vous, quand on sait que la majorité des médias sont détenus par des milliardaires d’extrême-droite. Les discours dans ces mêmes médias qui, depuis plusieurs années, banalisent le racisme et créent le terreau pour qu’un homme de 39 ans commette un attentat raciste et islamophobe dans les Yvelines, faisant 1 mort et 4 blessé·es dont une enfant de 12 ans. Nos pensées aux victimes pour cet acte barbare.
On ne parle que de la violence des manifestant·es ou des casseurs. Précision juridique importante : on parle de violences sur des personnes et de dégradation pour des biens. Même si la majorité des commerces touchés sont ceux de grandes enseignes assurées, plusieurs milliers de commerçant·es indépendant·es ont malheureusement été très impacté·es, ce qui est regrettable.
Les violences sur des personnes sont peu évoquées. Pas un mot ni une image pour les rassemblements joyeux, festifs ou calmes, les chorales, orchestres et fanfares, les jeunes qui raccompagnent des personnes âgées chez elles ou aident les restaurateurs à rentrer leur mobilier.
On n’entend pas non plus que la police française est la plus violente d’Europe et une des seules à utiliser des gaz lacrymogènes (interdits sur les fronts de guerre car trop toxiques), des LBD et des grenades mutilantes. Qu’elle tue plus que les polices allemande, suédoise, autrichienne, portugaise et tchèque réunies.
Près d’un million de personnes d’âge, de classe sociale, d’opinion politique différentes sont dans la rue, mais on ne parle pas de “pourquoi” elles sont là
🔍 Selon Acrimed, du 28 septembre au 1er octobre, les journaux télévisés de France 2 (pourtant chaîne publique) ont accordé, sur le temps d’antenne consacré aux mobilisations citoyennes : 75% du temps aux “violences” et 8% seulement aux revendications lycéennes.
Recentrons (et urgemment) le débat, comme le font de nombreux médias internationaux. En Angleterre, The Guardian titre “Why are French police so violent ?”. En Suisse, Le Temps “La France doit revoir sa doctrine policière”. Aux États-Unis “The rioting across France is a symptom of a much larger crisis”.
Et recentrer le débat, il va falloir le faire avec ses proches dans les prochains jours, semaines, mois. C’est la seule condition pour avoir un débouché politique positif à ce que nous sommes en train de faire, c’est-à-dire faire gagner une gauche de rupture. Vous vous sentez impuissant·e et démuni·e - voire franchement inquiet·e. C’est normal 💖 nous aussi. Mais on sait que le seul remède à tout ça, c’est l’action. Si on ne le fait pas, ils gagneront.
➡️ On accepte encore quelques inscriptions à notre programme de la Fabrique cette semaine pour savoir quoi faire pour 2027 ! Inscrivez-vous !
👀 On vous prépare un kit pour échanger avec vos proches sur les mobilisations en cours et un live pour en discuter entre nous en direct, restez connecté·es pour participer ! D’ici là, n’hésitez pas à utiliser ce mail comme ressources pour vos conversations avec vos proches dans les jours à venir.
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Les vrais responsables, ce sont ceux qui ont le pouvoir de changer les choses. D’apaiser les tensions en proposant des vraies solutions, d’éviter les violences sur manifestant·es voire les casses. Les responsables sont donc : Emmanuel Macron et son gouvernement. Qu’ont-ils fait ces derniers jours ?
Fait inconcevable : le gouvernement n’a eu aucun mot pour les victimes de violences. Le premier ministre Sébastien Lecornu déclare “il n’y a pas eu de personne tuée, c’est un miracle” et que les policiers ont “bien travaillé”. Si bien travaillé que 42 enquêtes (au moins) ont été ouvertes par l’IGPN depuis le début du mouvement lycéen pour violences policières ayant par exemple entraîné une main ou une mâchoire arrachée ou encore la perte d’un œil.
Si bien travaillé que 2 personnes sont mortes d’arrêt cardiaque ou d’AVC à Paris samedi dernier. Le décompte des victimes de LBD ou de grenades de désencerclement se compte probablement par milliers.
Scandale d’État : les services de renseignement français influencés par le gouvernement. Une enquête Médiapart a partagé cette semaine les écrits d’un commissaire des Renseignements Territoriaux : “on nous demande d’écrire texto que LFI qui est derrière le mouvement alors que c’est objectivement faux de l’avis général des Renseignements Territoriaux”.
Interdire le premier parti d’opposition qu’est LFI ? La question “peut être posée” selon un homme politique influent. Et non, il ne s’agit pas d’Eric Zemmour mais bien de Gérard Larcher, président du Sénat (et accessoirement remplaçant de Macron s’il ne peut plus assurer ses fonctions). Et une nouvelle fissure dans l’État de droit.
Et si on bloquait les réseaux sociaux, comme toute bonne vieille dictature ? Gabriel Attal, candidat “centriste” à l’élection présidentielle, propose de “bloquer temporairement et de manière ciblée l’accès à certaines plateformes [de réseaux sociaux]”. C’est pourtant lui qui déclarait, en janvier 2026, à propos de la dictature iranienne “Couper internet pour tuer en silence : voilà la stratégie des mollahs face à la soif de liberté du peuple iranien”. Devant le Sénat, le ministre de l’Intérieur Nuñez déclare : “suspendre l’utilisation des réseaux sociaux [..] : rien de l’interdit en principe”.
La BRI, le Raid, le GIGN et l’Armée seront déployés ce samedi 24 octobre. Vous ne rêvez pas. Pourtant en 2025, selon le premier Ministre Sébastien Lecornu : “on ne déploie pas l’armée contre son propre peuple”. Petit rappel : l’armée existe pour défendre la population civile d’un pays contre des menaces extérieures. Lorsqu’on commence à l’utiliser contre sa propre population, on cherche à la contrôler et la réprimer et on n’est plus en démocratie. Cette décision historique lacère l’État de droit en France. De tous bords politiques : cette information devrait grandement nous alarmer et nous faire réagir.
Des couvre-feux ont été établis cette semaine à Paris, Marseille, Toulouse, Lyon, Bordeaux et Nice. Bonus : un hélicoptère, projetant son faisceau lumineux sur le sol, a survolé Paris toute la soirée. Quel est le but de cette manœuvre un brin ridicule si elle n’était pas inquiétante ?
Emmanuel Macron nous recommande même carrément de ne pas manifester samedi. Par arrêtés, le gouvernement a déjà interdit de manifester ce samedi à Lyon, Grenoble, Bourg-en-Bresse, Rouen, au Havre, au Mans, à Toulon, à Chambéry… La liste s’allonge d’heure en heure. “La recommandation générale, c’est pas de manifestations les jours à venir” déclare Emmanuel Macron. Il annonce l’interdiction des manifestations qui seraient demandées “par des gens qui n’ont aucune légitimité de le faire” selon lui et n'autorisera que celle des syndicats. Pour rappel : le rôle de l’État est de pourtant de garantir que des centaines de milliers (voire des millions) de personnes puissent manifester librement ce samedi 24 octobre, dans la joie, en portant leurs revendications et sans peur
Une réponse judiciaire glaçante. Marie Tostivint, membre du Conseil de l’ordre, déclare à propos du dépôt du tribunal judiciaire de Bobigny : “Je suis avocate depuis 30 ans, je n’ai jamais vu ça. Ce sont des conditions [de détention] abominables”.
Avant ce samedi, 86% des 8 000 personnes placées en garde à vue dans le cadre du mouvement étudiant étaient des enfants. C’est 2 fois plus que le nombre de personnes placées en garde à vue pendant toute la durée des Gilets Jaunes.
Les directives de répression judiciaire sont claires : les comparutions immédiates s’enchaînent et les verdicts sont extrêmement sévères.
🔍 Contre un homme jugé en comparution immédiate à Bobigny jugé pour avoir ramassé une boîte de lait infantile devant une pharmacie pillée, le parquet requiert 14 mois de prison ferme, son incarcération immédiate, la confiscation de sa voiture et de son téléphone. En comparaison, un père de famille reconnu coupable de viols sur sa fille a été condamné à 18 mois de prison avec sursis par le tribunal d’Arras.
💡 Paradoxalement, ces derniers jours participent aussi à réveiller une partie de la population moins engagée - ou moins au courant du glissement autoritaire macroniste ces dernières années. L’indignation se réveille y compris auprès de profils plus “centristes”.
Chez Victoires Populaires, on est en train de vous concocter un cycle de formations gratuites sur le “proche-à-proche” : vous former gratuitement à avoir des conversations non explosives avec vos proches pour les faire cheminer vers le vote.
🙈 L’actualité nous incite à préparer ces formations plus tôt que prévue, mais on a besoin de davantage de dons pour la lancer. L’argent est un excellent moyen de défendre une cause qui nous tient à cœur si on manque de temps pour s’engager. On compte sur vous ?
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Recentrer le débat, c’est se rappeler que la vraie violence, elle est sociale :
10 millions de pauvres
350 000 personnes à la rue, 1000 mort·es dans la rue en 2025
7 millions ne mangent pas à leur faim, 4 millions de personnes sont mal logées
165 000 mort·es du cancer (combien d’évitées si on avait interdit les pesticides ?)
8 000 mort·es pendant les canicules de l’été 2026
800 mort·es au travail en 2025
73% des Français·es ont renoncé à un acte de soin en 5 ans
Et avec cette dérive autoritaire, Macron abîme fortement le lien entre la police (et justice) et la population. Lorsque la population n’a plus confiance dans les institutions, l’État de droit s’affaiblit beaucoup. En effet, la tentation devient alors grande de se faire justice soi-même.
Le droit à manifester est un acquis social fondamental. Cette semaine, le haut commissaire des Nations-Unies et la Commission européenne ont élevé la voix pour défendre ce droit fondamental.
Une solution pourtant simple. Des mesures d’urgence pourraient être prises : l’économiste Anne-Laure Delattre l’explique. Un plan d’urgence pour l’éducation coûterait 11,8 milliards d’euros. Pour la crise énergétique : 3,4 milliards permettrait de tripler le chèque énergie et de le distribuer aux 30% des foyers les plus modestes. Pour l’alimentation : imposer à la grande distribution de vendre 100 produits à prix coûtant coûterait 0€ à l’État. Pour le pouvoir d’achat : augmenter le SMIC cette année puis l’année d’après coûterait 1 milliard d’euros. Le tout pour la somme de 16 milliards d’euros. Pour info, l’État a débloqué 70 milliards d’euros en 2020 pour le Covid.
Où trouver cet argent ? Elle propose 2 mesures, qui généreraient ces 16 milliards d’euros : taxer les héritages de plus de 4 millions d’euros et une surtaxe pour les entreprises avec un chiffre d’affaires de 1,5 milliards d’euros.
Aujourd’hui, on est en mesure de se demander pourquoi ce plan d’urgence n’est pas mis en place.
N’oublions pas : “Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations. La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d'abolir la première. La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d'étouffer la seconde en se faisant l'auxiliaire et la complice de la première violence.”
Dom Hélder Câmara, évêque catholique brésilien, 1970.
Victoires Populaires · 2, rue Jean Laillet - 28000 Chartres, France.
3 commentaires:
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En Haute-Loire, la construction de la « route à Wauquiez » s’accélère au mépris de la contestation locale. La semaine dernière, l’Etat a de nouveau affiché son soutien au projet en débloquant une aide de 50 millions d’euros.
Saint-Hostien (Haute-Loire), reportage
« Ça fait mal au cœur », souffle Claude Verots, agriculteur de 47 ans, en regardant les flancs de montagne déboisés. À travers la fenêtre de la Dacia blanche, quatre géants de béton apparaissent entre les sucs, au cœur d’une vallée verdoyante. Sur ces piliers de 25 mètres de haut, des hommes en gilets oranges interceptent, à intervalles réguliers, les conteneurs apportés par la grue. C’est ici, dans la commune de Saint-Hostien que le futur viaduc de Roudesse franchira une vallée sur 200 mètres entre Le Puy-en-Velay et Saint-Étienne. La construction accélère l’avancée des travaux de la route nationale 88 (RN88).
Imaginé dès 1997, ce projet de route à deux fois deux voies a été relancé en 2017 par Laurent Wauquiez, à son arrivée à la présidence de la région Auvergne-Rhône-Alpes. L’élu de droite en a fait un projet phare de son fief électoral, où il a retrouvé son siège de député en 2024. Au prix de trois minutes gagnées sur le trajet des automobilistes, le chantier menace d’artificialiser 190 hectares de forêts, de zones humides et de terres agricoles.
En 2017, dès son arrivée à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Wauquiez avait relancé la déviation de la RN88, un projet, abandonné par l’État au début des années 2000. Début octobre, l’ancien président de région était justement en visite sur le chantier, avec celui qu’il appelle son « ami » : le ministre des Transports, Philippe Tabarot. À la clé, un chèque de 50 millions d’euros, portant le soutien de l’État à 64,5 millions d’euros."
…/…
https://reporterre.net/RN88-un-coup-de-pouce-de-l-Etat-a-50-millions-pour-la-route-a-Wauquiez
LES COULISSES D'UNE RÉVOLTE RÉPRIMÉE PAR LE POUVOIR (et tout ce qu'on y a vu...)
ÉLUCID
https://youtu.be/h-HHjCMhAvU?is=ouDR4I3lwYm_9ifc
▶ Le 17 octobre, Élucid était dans la rue pour couvrir le mouvement, de République à Matignon en passant par Bastille et la rue de Rivoli. Gaz lacrymogènes, BRAV-M, barricades, Marseillaise entonnée par des jeunes, violences policières : on vous montre tout ce que les plateaux télé ont laissé hors champ. Derrière le récit de la « casse », il y a une jeunesse lucide, qui a compris que son avenir a été sacrifié par quarante ans de politiques néolibérales, et un pouvoir qui fabrique la violence avant de s’en servir pour discréditer toute contestation. Pourquoi n’y avait-il aucun policier quand les vitrines tombaient ? Que prépare un gouvernement aux abois, à six mois de la présidentielle ? Les vrais casseurs ne sont peut-être pas ceux qu’on croit...
Musique d'introduction : Le pieu, magnifique reprise de la chanteuse Lisa Claudie, (auteur compositeur original Lluís Llach, et traduction par Marc Robine).
Suivez son travail ici : / lisaclaudie_
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